Incendie de Charlie Hebdo: un attentat à la liberté d'expression
Écrit par www.ingenieurduson.com Dimanche 06 Novembre 2011 12:56
Le « Charia Hebdo » de Charlie Hebdo a visiblement dérangé. Pire que cela, à la suite de cette publication, qui satirisait l'instauration de la loi islamique en Libye et la montée des musulmans au pouvoir en Tunisie, les locaux du journal ont été victimes d'un incendie criminel.
Dans l'édition en question, Mahomet est nommé « rédacteur en chef » du journal et il ordonne « 100 coups de fouets si vous n'êtes pas morts de rire ». Pour conclure, en dernière page, le même personnage affirme que « oui, l'islam est compatible avec l'humour ». Malheureusement, il y en a qui n'ont pas interprété la publication avec la même légèreté.
Tout d'abord leurs locaux ont été incendiés. Par la suite le climat d'hostilité continue. Des pirates du web attaquent le site du Journal et remplacent la page d'accueil par une photo du pèlerinage à la Mecque avec le slogan « No God but Allah » - Pas d'autre Dieu qu'Allah.
Par ailleurs, leur page Facebook a été envahie de commentaires d'internautes qui se rejouaient de l'incendie, ainsi que des injures en arabe. "Mais où est Charlie ? Hahahahahahahahaha", s'interroge quelqu'un visiblement « amusé » par les événements. «Honte à Charlie Hebdo, vous avez gagné un bon tirage mais vous récolterez les conséquences», prévient quelqu'un d'autre.Ces internautes profitent encore du pouvoir des réseaux sociaux de faire le « buzz », pour inciter tous leurs « contacts » à dénoncer la page de Charlie Hebdo pour «atteinte à un groupe religieux» dans les options anti-spam. Le contradictoire de l'histoire c'est que leur page Facebook risque vraiment d'être verrouillé. L'hebdomadaire a publié sur son mur: « 1° La page Facebook de Charlie est envahie de spams islamistes appelant à la haine 2° Facebook prétend censurer Charlie. Cherchez l'erreur ».
Pour compliquer davantage la situation de l'hebdomadaire, il apparaît que l'hébergeur du site Charlie Hebdo, une société belge, a aussi été victime de menaces de mort. Par la suite, ils se refusent à remettre le site en ligne. La journaliste Valérie Manteau, responsable du site à l'AFP a déclaré que « soit la police les rassure et on parvient à les convaincre de le remettre en ligne, soit on change d'hébergeur. La police est en train de récupérer des données sur ceux qui ont posté des menaces de mort sur Facebook ».
En attendant, la Direction des «SDF du net» a décidé de lancer un blog: "Les locaux de Charlie ont brûlé. Le site de Charlie, harcelé par les hackers, est hors-service", ont-ils déclaré sur la page d'accueil. « Et voilà que le compte Facebook de Charlie, dont la page Officielle est inondé de menaces islamistes, est bloqué par le site, sous prétexte, ô découverte, que Charlie Hebdo n’est pas une « vraie » personne. Facebook trouve également que la Une publiée par Charlie contrevient aux règles d’utilisation du site qui, précise-t-on dans un message surréaliste, interdisent « les publications avec des contenus graphiques, sexuellement explicites ou avec des corps trop dénudés ».
Par contre, les manifestations de soutien au Journal ne manquent pas non plus. Ils se retrouvent alors « hébergé » par « Libération » pour la version papier, et comptent sur WordPress pour le développement du blog et de leur compte Twitter.
Mohamed Sifaoui, écrivain, a aussi déclaré: « J’étais loin de me douter qu’il y aurait un acte aussi ignoble, aussi stupide. Dans mon esprit, ayant témoigné, en 2008, au procès intenté contre Charlie Hebdo, lors de l’affaire des caricatures de Mahomet, j’avais constaté que la justice avait bien joué son rôle pédagogique. Elle avait expliqué que la liberté d’expression permettait la satire, y compris la plus irrévérencieuse, à l’égard des symboles des religions. Actuellement, entre l’extrême droite et les extrémistes islamistes, je note qu’il existe, notamment sur les réseaux sociaux, un climat puant en France. Même si je pense que ce sont des intégristes musulmans qui peuvent être derrière l’incendie des locaux de Charlie Hebdo, je reste néanmoins prudent sur les tentatives de manipulations venant d’autres groupes extrémistes. Quoi qu’il en soit, au-delà des auteurs de cet acte criminel, il faut condamner avec vigueur une telle action qui vise à terroriser les journalistes et à créer en France un climat antirépublicain. Aujourd’hui, je m’appelle Charlie. »
Même du côté musulman, le président de la Conférence des imams de France, l'imam de Drancy, Hassen Chalghoumi, a "condamné" cet incendie. Il a même affirmé à Europe 1 qu'il "ne trouve aucun justificatif à un acte criminel qui est contre les principes de la République et tous les principes de l'islam". "Si ces gens là sont des musulmans, j'aimerais dire que ce sont des pratiques qui ne défendent en aucun cas l'image de l'islam ni l'image du prophète de l'islam", a-t-il ajouté.
Dans France Soir, l'Imam a encore prévenu: "Je dis aux Français, je dis à l'Europe, et à l'Occident en général, mais je dis aussi aux journalistes: Réveillez-vous ! Arrêtez de soutenir l'islam politique. Ne soyez pas naïfs, ces gens-là sont intolérants, ils menacent même des musulmans qu'ils jugent trop modérés".
Pour finaliser, il souligne que: "Ce qui se passe aujourd'hui dans le monde arabe est très grave. Quand le parti islamiste Ennhada accède au pouvoir en Tunisie, quand 40% des Tunisiens de France ont voté pour lui, je suis catastrophé. Je connais le double langage des islamistes, je suis musulman, je suis tunisien... Ces gens-là veulent instaurer la charia, et tout le monde se réjouit"...
Charb, le Directeur de la Publication a précisé: « Je ne pense pas, à titre personnel, que les menaces qu'on a reçues sur internet, que le piratage du site internet et que l'incendie soient forcément liés, que ce soit coordonné. Je pense qu'on va découvrir que les incendiaires sont deux cons du quartier, comme il y en a plein dans ce quartier que je connais très bien ». Après les faits, le journal a porté plainte pour "incendie volontaire, pour piratage de site internet et pour menace de mort".
Dans ce contexte, il me semble opportun de rappeler que dans une République de Droit, la Liberté est un principe fondamental. À chacun le droit d'aimer la publication ou pas, d'en rire ou pas. À chacun la possibilité de la lire ou de l'ignorer. À chacun la liberté de poursuivre sa croyance, n'importe laquelle. Mais des menaces, des incendies criminels, des persécutions à l'équipe technique ou éditoriale, constituent des crimes. Ces actes vont à l'encontre de toutes les règles sociales et juridiques que la France a mis des siècles à conquérir. À chacun ses limites, mais à tous le droit de s'exprimer librement et de travailler dignement, sans représailles.
Maintenant, reste à la Justice de prouver que nous sommes encore dans une République de Droit...
Vidéo: Libération offre de partager ses locaux
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Source : www.ingenieurduson.com
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